Fonte, affinage et sécurité
Faire fondre de l’or : affinage, devis et choix du professionnel
Fondre un bijou de 18 carats ne donne pas de l’or pur : cela transforme la forme de son alliage. Pour séparer l’or des autres métaux, il faut une opération d’affinage.
Coulée d’or à LaRonde, photographie du 4 octobre 2006 fournie par Agnico-Eagle Mines Limited. Mise à disposition sous CC0.
Agnico-Eagle · CC0 1.0 · Version de 960 pixels fournie par Wikimedia Commons, sans retouche locale.Une nouvelle forme ne change pas le titre de l’or
Vous avez une chaîne cassée, des chutes d’atelier ou plusieurs bijoux dépareillés. L’idée de tout transformer en un petit lingot paraît simple. Elle recouvre pourtant trois opérations différentes : fondre pour changer la forme, analyser pour mesurer la composition et affiner pour séparer l’or des autres métaux.
Prenons 100 g d’alliage à 750 millièmes. Ils contiennent théoriquement 75 g d’or fin et 25 g d’autres métaux. Une simple fonte ne transforme pas ces 100 g en 100 g d’or pur. La Douane explique le rôle des alliages et du titre : 750 millièmes correspondent à 75 % d’or.
La photo de LaRonde montre une coulée industrielle, réalisée chez Agnico-Eagle en 2006. Le métal reçoit une forme dans des moules. Cette étape visible ne permet pas, à elle seule, de connaître sa pureté ni les traitements qui l’ont précédée.
Avant tout envoi, faites estimer un bijou signé, une monnaie ancienne ou un objet dont l’histoire vous échappe. Sa transformation peut supprimer une valeur que la pesée ne mesure pas. Le guide vendre ses bijoux ou les garder aide à faire ce tri avant une décision irréversible.
Que confiez-vous, et que voulez-vous recevoir ?
Un professionnel peut proposer un achat du lot, une prestation avec restitution de métal ou un crédit exprimé en poids d’or. Le résultat attendu doit être écrit dès le départ. Recevoir des euros n’est pas la même prestation que récupérer un lingot, faire fabriquer un bijou ou laisser un solde sur un compte métal.
Demandez un reçu qui identifie le lot : objets, poids, état, pierres présentes et numéro de dossier. Faites préciser la responsabilité pendant le transport, à la réception et chez un éventuel sous-traitant. Une photo personnelle avant l’envoi et le reçu du professionnel peuvent être conservés ensemble.
Pour une restitution, la question est très concrète : recevrez-vous du métal traité séparément ou une quantité équivalente provenant d’un stock ? Si vous tenez à l’or d’un bijou de famille, faites confirmer ce point avant d’accepter. Demandez aussi sous quelle forme le métal sera rendu, avec quel titre attesté et à quel coût de fabrication.
Enfin, repérez l’étape qui détruit l’objet. Obtenez le prix des opérations déjà réalisées si vous refusez ensuite l’offre, ainsi que les conditions de retour. Une demande d’estimation ne devrait pas laisser de doute sur ce que vous autorisez à transformer.
Du poids reçu aux grammes d’or fin retenus
Le relevé d’analyse doit permettre de suivre le calcul. Dans cet exemple entièrement fictif, un envoi pèse 105 g. Le tri écarte 5 g d’éléments qui ne font pas partie de l’alliage à traiter. Il reste 100 g, dont le titre mesuré est de 746 millièmes.
| Étape | Quantité |
|---|---|
| Lot reçu | 105 g |
| Éléments écartés | 5 g |
| Alliage retenu | 100 g |
| Titre mesuré | 746 ‰ |
| Or fin calculé | 74,6 g |
Le dernier résultat vient de 100 × 746 ÷ 1 000 = 74,6 g. Le poids total reçu, le poids d’alliage et le poids d’or fin sont trois nombres distincts. Si votre propre estimation reposait sur 750 millièmes, elle donnait 75 g : l’écart de titre représente ici 0,4 g d’or fin. Il faut pouvoir l’expliquer avant le règlement.
Demandez comment l’échantillon représente le lot et ce qui est prévu en cas de résultat contesté. La LBMA rappelle, pour les barres d’or, les limites d’une analyse de surface lorsque l’homogénéité du matériau n’est pas connue. Un contrôle rapide sur une zone ne répond donc pas à toutes les questions sur un lot mélangé.
Faites préciser le sort des échantillons, des pierres et des résidus. Dans un article technique publié par la LBMA, Michael B. Mooiman décrit notamment la présence de métaux précieux dans différents sous-produits et les incertitudes de pesée et d’analyse. On ne peut pas en déduire un taux de perte universel applicable à votre devis.
Une meilleure fraction payée peut donner moins d’euros
Comparons deux propositions fictives pour les mêmes 74,6 g d’or fin, avec un prix de référence supposé de 100 €/g. Les deux offres règlent une fraction de ce poids et prélèvent ensuite leurs frais. Tous les montants ci-dessous sont calculés avant une éventuelle fiscalité de cession.
| Pour le même lot | A | B |
|---|---|---|
| Or fin payé | 98,5 % | 99 % |
| Valeur avant frais | 7 348,10 € | 7 385,40 € |
| Frais séparés | 90 € | 160 € |
| Reste avant fiscalité | 7 258,10 € | 7 225,40 € |
L’offre B paie 37,30 € de métal supplémentaires, mais facture 70 € de plus. L’offre A laisse donc 32,70 € de plus. Ici, 98,5 % et 99 % sont des hypothèses contractuelles de quantité payée : ce ne sont ni des rendements techniques mesurés ni des tarifs représentatifs du secteur.
Ce calcul ne vaut que si le cours de référence, le titre retenu et les frais inclus sont comparables. Demandez si le prix sera fixé à la réception, après analyse ou au moment de votre accord. Un meilleur pourcentage appliqué à un autre cours ne se compare pas directement.
Le minimum de facturation compte aussi pour un petit lot. Si un forfait de 90 € s’appliquait aussi bien à 100 g qu’à 10 g d’alliage, il représenterait respectivement 0,90 € et 9 € par gramme traité. Faites donc chiffrer votre quantité réelle avant de décider de l’envoi.
Choisir l’intervenant selon le travail demandé
Demandez au fondeur-affineur s’il reçoit les particuliers, accepte votre matière et impose un poids minimal. Certains lots nécessitent un traitement différent : bijoux, chutes propres et déchets d’atelier ne décrivent pas le même contenu. Faites nommer le laboratoire ou le sous-traitant lorsqu’il intervient dans l’analyse ou le traitement.
L’agrément d’un organisme de contrôle concerne une mission précise. La Douane présente les OCA pour le contrôle du titre et le marquage des ouvrages. Ce statut ne vous renseigne pas, à lui seul, sur l’accueil des particuliers, le prix d’un affinage ou les conditions de restitution.
Si le professionnel vous achète les objets, consultez les règles du contrat de rachat présentées par la DGCCRF. Faites distinguer cet achat d’une prestation que vous payez pour récupérer votre métal. Le document signé doit correspondre à l’opération réellement choisie.
L’or recyclé vient-il surtout des bijoux ?
Dans sa présentation de l’offre d’or, le World Gold Council, organisme professionnel de la filière, attribue au moins 90 % de l’or recyclé aux bijoux, le reste venant de la technologie. Ce repère décrit l’origine du métal récupéré. Il ne signifie pas que 90 % des bijoux existants sont collectés, ni que tout objet doré contient beaucoup d’or.
Les connecteurs photographiés ici en donnent un exemple. Leur notice les décrit comme plaqués or : le métal précieux forme un revêtement. Elle indique 46 mm pour le connecteur du bas, mais aucune épaisseur de placage. La longueur, l’éclat et le poids total ne permettent donc pas de calculer les grammes d’or récupérables.
Cela change la préparation d’un devis. Un sachet de connecteurs et un lot de bijoux à 750 millièmes ne se décrivent pas avec les mêmes informations. Pour le premier, la référence des composants et la nature du revêtement peuvent aider le professionnel à décider s’il accepte le lot et comment l’analyser. Le calcul appliqué plus haut à un alliage homogène ne se transpose pas à tout le poids d’un objet plaqué.
Connecteurs plaqués or photographiés par Cjp24 le 4 janvier 2010. La notice donne 46 mm pour celui du bas ; elle ne précise pas l’épaisseur du placage. CC BY-SA 3.0.
Cjp24 / Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0 · Fichier original conservé, sans retouche locale.Ce que les rapports appellent « or recyclé »
Les chiffres du recyclage demandent aussi de lire leur définition. La LBMA compare deux périmètres dans son rapport Country of Origin 2024 : celui de Metals Focus et celui de ses propres données d’origine du métal.
- Des chutes de fabrication : elles entrent dans les données de recyclage de la LBMA, mais sont exclues du périmètre de Metals Focus.
- Un ancien bijou échangé contre un nouveau : la LBMA inclut cette matière ; Metals Focus écarte cet échange de sa mesure du recyclage.
- Une petite barre ou une pièce d’investissement revendue dans la filière : Metals Focus la classe comme désinvestissement, autrement dit une sortie de placement. Les données d’origine de la LBMA l’incluent dans leur périmètre du recyclage.
Ces différences peuvent produire des volumes distincts sans que l’un des rapports soit faux. Elles ne donnent pas non plus la teneur de votre lot ou son prix de reprise. Pour discuter d’une provenance annoncée comme recyclée, savoir quelle matière a été récupérée et selon quelle définition est plus utile qu’un pourcentage isolé.
Quand une vente directe suffit
Si votre objectif est de récupérer des euros, demandez aussi une offre pour le lot en l’état. Comparez le montant, le délai et les documents nécessaires avec le parcours d’affinage. Il peut être inutile de commander vous-même une transformation qu’un acheteur inclut déjà dans son organisation.
Le prix de rachat des vieux bijoux aide à vérifier les unités utilisées sur cette offre. Le comparateur d’or donne, lui, des prix de produits finis à l’achat ; ces prix ne constituent pas une promesse de reprise de vos chutes. Pour obtenir une comparaison exploitable, demandez dans les deux cas le montant disponible après les frais annoncés, puis examinez séparément la fiscalité applicable.