Simulation historique
Si j’avais investi dans l’or : calculer le résultat réel
« Si j’avais acheté il y a dix ans… » : le résultat paraît évident une fois les cours connus. Pour reconstituer un achat possible à l’époque, il faut aussi retrouver le produit, les frais et les unités que votre budget permettait réellement d’acheter.
Pièces d’or photographiées par Paul Hudson le 2 décembre 2012. CC BY 2.0. Cette image ne représente pas le panier fictif du calcul.
Paul Hudson · CC BY 2.0 · Version de 500 pixels fournie par Wikimedia Commons, sans retouche locale.Commencer par l’achat que le budget aurait réellement permis
« Si j’avais mis 1 000 € dans l’or il y a dix ans… » Le calcul semble tenir en deux cours et une multiplication. Il reste pourtant à préciser ce que ces 1 000 € auraient acheté : une quantité théorique de métal, des pièces entières ou un produit financier dont les frais sont différents.
Une simulation fondée seulement sur le cours suit une quantité théorique : capital initial ÷ cours de départ × cours d’arrivée. Les deux cours doivent employer la même devise et la même unité. Diviser par un prix à l’once puis multiplier par un prix au gramme ne mesure aucune performance comparable.
Pour un achat physique, on commence plutôt par le prix du produit, les frais d’entrée et le nombre d’unités réellement accessibles. S’il manque les tarifs de l’époque, il faut afficher cette limite. Un calcul au cours du métal reste utile comme repère, mais il ne permet pas d’affirmer ce qu’un acheteur aurait payé chez un marchand précis.
Un panier fictif de 1 000 €, avec 65 € laissés de côté
Tous les prix qui suivent sont inventés pour montrer le calcul. Supposons un budget de 1 000 €, une livraison à 20 € et des unités d’or vendues 305 € chacune. Le budget permet d’en acheter trois : 915 € de produits et 20 € de livraison. Il reste 65 €, conservés sans intérêt dans cet exemple.
À la date de sortie choisie, imaginons une proposition de rachat de 380 € par unité et 30 € de frais de vente pour le lot. Ces prix portent sur le même produit ; le calcul ne suppose pas qu’une prime d’achat soit automatiquement récupérée.
| Poste | Calcul (€) | Montant |
|---|---|---|
| Produits | 3 × 305 | 915 € |
| Achat livré | 915 + 20 | 935 € |
| Reste | 1 000 − 935 | 65 € |
| Revente nette | 3 × 380 − 30 | 1 110 € |
| Total final | 1 110 + 65 | 1 175 € |
Le gain est de 175 €, soit 17,5 % du budget initial, avant stockage et fiscalité. Il faut inclure les 65 € restants des deux côtés du raisonnement : ils faisaient partie du budget et sont toujours disponibles à la fin. Les faire disparaître sous-estimerait le résultat ; les convertir artificiellement en une fraction de pièce supposerait un achat impossible avec les produits retenus.
Si des frais de garde ont été payés au fil du temps, ils s’ajoutent au bilan. Pour un taux de rendement annualisé tenant compte de ces paiements, leurs dates seront nécessaires. Le guide sur la critique de Buffett montre pourquoi ces dépenses changent sensiblement le résultat.
Passer du nombre d’euros à leur pouvoir d’achat
Un solde plus élevé peut acheter moins de choses. Conservons notre résultat fictif de 1 175 € et supposons que le niveau général des prix ait augmenté de 20 % entre les deux dates. La somme finale, exprimée en euros du départ, vaut alors 1 175 ÷ 1,20 = 979,17 €. Le gain nominal de 17,5 % correspond ici à une perte de pouvoir d’achat d’environ 2,08 %, avant les coûts encore exclus.
On ne soustrait donc pas simplement 20 à 17,5. Le calcul du rendement réel est : (1 + rendement nominal) ÷ (1 + inflation cumulée) − 1. Pour plusieurs années, l’inflation cumulée ne s’obtient pas davantage en additionnant sans précaution les taux annuels.
Le convertisseur de l’Insee utilise l’indice des prix à la consommation en moyenne annuelle. Il donne un repère de pouvoir d’achat, pas une mesure au jour exact de l’achat d’or. Notre calculateur d’inflation permet également d’explorer cet effet. Il faut conserver la période et la fréquence retenues avec le résultat.
Pour un calcul effectué directement avec deux indices, utilisez une série cohérente. L’Insee a changé la base de l’IPC en janvier 2026 : juxtaposer une valeur en base 2015 et une valeur en base 2025 fausserait le rapport. La moyenne nationale ne décrit pas non plus exactement les dépenses d’un ménage donné.
Dix ans de hausse ne donnent pas dix fois le même rendement
Autre exemple fictif : un montant de 5 000 € devient 7 000 € en dix ans, sans ajout ni retrait pendant la période. Le gain cumulé est de 40 %. Le taux annuel composé équivalent est (7 000 ÷ 5 000)^(1 ÷ 10) − 1, soit environ 3,42 % par an, et non 4 %.
Ce taux résume les deux extrémités du parcours. Il ne signifie pas que le placement a gagné 3,42 % chaque année. Une succession de hausses et de baisses peut aboutir au même total, avec des conséquences très différentes si l’on doit retirer de l’argent en cours de route.
Avec des achats mensuels, chaque versement achète une quantité à son propre prix. On additionne ensuite les quantités et l’argent resté disponible, puis on tient compte de tous les frais. Appliquer le rendement du premier jour à l’ensemble des versements reviendrait à faire travailler pendant dix ans de l’argent arrivé beaucoup plus tard.
Garder les dates et les hypothèses à côté du résultat
Avant de partager une simulation, quelques informations doivent pouvoir être retrouvées : les dates exactes, la devise, l’unité, la source des cours, le produit retenu et le traitement des frais. Le World Gold Council publie des données de rendement utilisables comme point de départ documentaire. Un résultat calculé depuis une série de marché ne devient pas pour autant un prix de revente proposé au détenteur d’une pièce.
Pour comparer avec des actions, précisez si les dividendes sont réinvestis. Pour une épargne rémunérée, reconstituez les taux effectivement applicables à chaque période au lieu de prolonger le taux actuel sur dix ans. Dans les deux cas, gardez les mêmes dates et des versements comparables.
Il reste enfin le choix de la fenêtre : commencer juste avant une forte hausse donne une autre impression que commencer quelques années plus tôt. Refaire le calcul sur plusieurs dates de départ aide à voir cette sensibilité. Les baisses intermédiaires comptent aussi, notamment si une dépense aurait imposé de vendre avant la date finale retenue.
Le comparateur or aide à examiner les offres d’aujourd’hui. Il ne reconstitue pas les primes et les frais facturés autrefois. Une simulation honnête conserve cette séparation et nomme les données qui manquent, plutôt que de transformer un beau graphique passé en promesse de rendement futur.