Risques et limites
Buffett et l’or : sa critique et les coûts pour un acheteur
La critique de Buffett pose une question précise : attendez-vous de votre épargne qu’elle produise un revenu, ou souhaitez-vous posséder du métal ? Ces deux attentes ne se jugent pas avec le même critère.
Warren Buffett s’adressant à des étudiants de l’Université du Kansas, le 6 mai 2005. Photographie de Mark Hirschey, CC BY-SA 2.0.
Mark Hirschey · CC BY-SA 2.0 · Version Commons recadrée et corrigée par Peteforsyth en 2009 ; format de 500 pixels, sans retouche locale.Ce que Buffett reprochait à l’or dans sa lettre de 2011
Dans la lettre de Berkshire Hathaway consacrée à 2011, datée du 25 février 2012, Warren Buffett compare l’or à des actifs capables de produire quelque chose : une exploitation agricole ou une entreprise. Son objection porte sur l’origine du rendement. Le métal conservé ne verse aucun revenu ; pour en tirer un gain financier, son propriétaire dépend du prix obtenu auprès d’un futur acheteur.
La comparaison figure aux pages imprimées 18 et 19. Elle exprime une préférence d’investisseur à cette date, pas une prévision du cours de l’or pour 2026. Elle ne démontre pas non plus que toute action serait un meilleur achat qu’une pièce. Une entreprise peut être mal gérée, trop chère ou faire faillite. Un actif productif conserve ses propres risques.
Pour un particulier, cette critique devient surtout une question pratique : comment payer les dépenses liées à l’or pendant les années où l’on souhaite le garder ?
Un achat de 2 000 € qui finit presque à l’équilibre
Prenons un cas fictif, sans rapport avec un tarif de garde ni avec une cotation actuelle. Un achat coûte 2 000 €, tous frais d’entrée compris. Son propriétaire paie ensuite 60 € de garde à la fin de chacune des cinq années. À la sortie, l’acheteur propose 2 400 €, puis prélève 50 € de frais séparés.
La hausse apparente est de 400 €. Pourtant, le bilan des sommes versées et reçues donne : 2 400 − 50 − 2 000 − (5 × 60) = 50 €, avant toute fiscalité. Les dépenses de garde ont été payées avec de l’argent provenant d’ailleurs. Les oublier ferait paraître le placement beaucoup plus rémunérateur.
Voici le prix de revente brut nécessaire pour récupérer exactement les dépenses, en gardant ces mêmes hypothèses :
| Durée | Garde cumulée | Revente brute |
|---|---|---|
| 1 an | 60 € | 2 110 € |
| 5 ans | 300 € | 2 350 € |
| 10 ans | 600 € | 2 650 € |
Le calcul est simplement 2 000 € + garde cumulée + 50 € de sortie. Ces montants supposent un forfait constant, aucune autre dépense et aucune taxe. Ils n’intègrent ni l’inflation ni ce que l’argent aurait pu rapporter ailleurs. Un contrat facturé en pourcentage de la valeur du métal donnerait une autre évolution : si cette valeur change, les frais peuvent changer aussi.
Les 50 € du premier exemple constituent donc un solde nominal, pas un rendement annuel. Calculer un taux annualisé sérieux demanderait de tenir compte des dates des cinq paiements de garde.
Les dépenses arrivent même quand on ne vend pas
Une pièce conservée dix ans ne détache pas de coupon pour payer son assurance. C’est le point soulevé par ABE Infoservice sur l’or physique : l’absence de revenu régulier doit être examinée avec les coûts de détention et les conditions de revente.
La façon de couvrir ces coûts mérite une ligne dans le budget. Les payer depuis un compte courant ajoute des sorties d’argent au placement. Vendre du métal pour les payer réduit la quantité conservée. Dans ce second cas, on ne peut plus appliquer toute la hausse future du cours à la quantité achetée au départ.
La garde à domicile change les questions à poser : que couvre réellement le contrat d’assurance, quels justificatifs faut-il conserver et quel équipement serait nécessaire ? Le guide des solutions de stockage aide à examiner ces postes. Un chiffre repris d’un autre épargnant ne remplace pas les conditions de son propre contrat.
Avant l’achat, le comparateur or permet de confronter les offres disponibles. Pour mesurer ce que l’on pourrait perdre lors d’une revente rapide, il faut aussi obtenir un prix de rachat du même produit. Un cours de métal et un prix de vente en boutique ne suffisent pas à reconstituer cet aller-retour.
Pourquoi une action minière ne répond pas à la même question
Détenir une pièce, détenir une action d’un producteur d’or et acheter un produit financier exposé au métal sont trois opérations différentes. L’action donne une participation dans une entreprise. Ses comptes dépendent notamment des quantités vendues, des coûts d’exploitation, de la dette et des décisions de gestion. La hausse du métal ne se transforme donc pas mécaniquement en une hausse identique de l’action.
Inversement, une pièce ne donne aucun droit sur les bénéfices d’une mine. On peut préférer l’absence de risque d’exploitation d’une entreprise tout en acceptant les contraintes de la détention physique. Mais substituer un graphique d’actions minières à celui de l’or ferait disparaître cette différence.
Même précaution pour comparer un indice boursier : les dividendes doivent être traités explicitement. Une série qui les réinvestit et une série qui les ignore ne décrivent pas le même résultat. Les frais, la devise, les dates et les versements doivent également correspondre. Le guide « Si j’avais investi dans l’or » détaille cette reconstitution.
Transformer la critique en questions avant d’acheter
L’objection de Buffett est particulièrement utile si l’on attend d’une épargne qu’elle finance une dépense régulière. Avec de l’or physique, il faudra organiser des ventes ou disposer d’une autre source d’argent. Une valorisation élevée sur un relevé ne paie pas une facture tant qu’aucune somme n’a été encaissée.
Une personne qui souhaite simplement conserver une quantité de métal ne cherche pas exactement le même service. Cela ne résout toutefois ni le risque de baisse ni celui d’une vente imposée par un besoin d’argent. Le budget consacré à l’or doit laisser de la place aux dépenses prévues et aux imprévus.
Trois réponses écrites rendent alors la décision plus concrète : la raison de l’achat, l’argent disponible pour les frais pendant la détention et les conditions d’une éventuelle sortie anticipée. Si l’achat est aussi motivé par l’histoire d’une pièce, ce plaisir peut avoir sa place dans la décision ; il ne faut simplement pas le compter comme un revenu financier.
Relire Buffett aide à distinguer ce que l’on attend du métal de ce qu’il peut effectivement verser. Le prix payé, les frais et le moment où l’argent devra redevenir disponible restent ensuite à examiner sur l’achat précis envisagé.